Dada et surréalisme, deux mouvements intriqués

Dada et surréalisme, deux mouvements intriqués - Illustration : Jane Graverol, Harmonies Naturelles, 1956

Si dadaïsme et surréalisme sont parfois dur à différencier, ce n’est pas seulement parce que Wikipédia a créé un portail commun aux deux mouvements artistiques. En effet, ces mouvances sont étroitement liées et ont toutes deux fortement marquées le XXème siècle et continuent à inspirer de nombreux artistes aujourd’hui.

Le surréalisme est né du mouvement dada et des divergences idéologiques entres ses membres. Nous essaierons de démêler ces différents éléments afin de mieux comprendre ces mouvements, leurs liens et divergences ainsi que le rayonnement qu’ils auront sur le monde de l’art.

I. Le mouvement dada

A. Dada, la genèse

Dès les prémices de la Première Guerre Mondiale, la Suisse attire de nombreux européens en désaccord avec le climat politique de leurs pays. Zurich devient un lieu où cohabitent de nombreux expatriés politiques, artistes, libres penseurs, et intellectuels. Différentes troupes et lieux de rencontre se mettent en place. En 1916 un couple d’artiste, Emmy Hennings et Hugo Ball créent un tiers lieu nommé Le Cabaret Voltaire. Cet espace verra dans ces 6 mois d’existence la rencontre des membres fondateurs du mouvement dada, sa naissance et la publication de son manifeste.

Le Cabaret Voltaire, qui sera fermé pour tapage nocturne mais aussi moral, sera un lieu d’expositions d’œuvres, de performances et de discussions entre différents artistes aujourd’hui connus pour avoir créé le mouvement dada.

Plaque au Cabaret Voltaire sur laquelle on peut lire “Dans cette maison le 5 février 1916 Le Cabaret Voltaire ouvrit et le dadaïsme fut fondé”
Plaque au Cabaret Voltaire sur laquelle on peut lire “Dans cette maison le 5 février 1916 Le Cabaret Voltaire ouvrit et le dadaïsme fut fondé”
Affiche pour l'ouverture du Cabaret Voltaire, lithographie de Marcel Slodki, 1916
Affiche pour l’ouverture du Cabaret Voltaire, lithographie de Marcel Slodki, 1916

Parmi eux, on trouve des auteurs comme Tristan Tzara, Richard Huelsenbeck, Hugo Ball, et Emmy Hennings, des peintres et des sculpteurs comme Marcel Janco, Hans Arp et Sophie Taueber. La plupart s’intéressent à plusieurs disciplines liées au monde des arts, des performances scéniques de musique, de chant ou danse sont régulièrement tenues au Cabaret Voltaire.

L’élément transversal partagé par ces artistes dans toutes ces disciplines est le rejet de la société et la dénonciation de l’absurde qui la régit, un questionnement de ces traditions et institutions et de la perception qui en découle. La genèse du mouvement dada raconte que lors d’une soirée passée au Cabaret Voltaire, Tristan Tzara choisit le nom du mouvement en ouvrant au hasard une page d’un dictionnaire Larousse. Cette anecdote, réelle ou non, a été relatée dans différents ouvrages car elle résume bien la volonté du mouvement. L’absurde et l’humour se font outils de dénonciation de la société jugée elle-même absurde par les dadaïstes.

B. Qu’est-ce que le dada ?

Le mouvement dada, c’est le cri de l’absurde de la société. Un nom choisi au hasard pour un mouvement qui désire tout remettre en question, réinvestir les espaces traditionnels pour les questionner, déconstruire la société bourgeoise, le monde politique, les institutions. La notion “d’Art” elle-même est extrêmement questionnée.

Beaucoup de dadaïstes rejettent la notion d’artiste et préfèrent s’effacer de cette position publique. Beaucoup d’œuvres dada sont anonymes, et plusieurs membres importants utilisaient des pseudos pour signer leurs créations. John Heartfield, surnommé Monteurdada avait pour habitude de poser en bleu de travail et aimait à se présenter comme technicien plutôt qu’artiste. D’autres membres du mouvement refusent de faire référence à leurs créations en tant qu’œuvre et lui préfère le terme artefact.

George Grosz et John Heartfiels, L’art est mort, que vive le nouvel art mécanique de Tatline, 1920
George Grosz et John Heartfield, « L’art est mort, que vive le nouvel art mécanique de Tatline », 1920

Marcel Duchamp questionnera l’art à travers sa série d’objets Ready Made, ou Objets Trouvés. Il y interroge la notion de reconnaissance d’art en tant que tel, en proposant des objets qui seront considérés comme relevant de l’art par la volonté de l’artiste. La création la plus connue de cette série est probablement la pièce Fontaine de 1917 composée d’un urinoir présenté à l’envers.

Fontaine, Marcel Duchamp, photo Alfred Stieglitz, 1917
Fontaine, Marcel Duchamp, photo Alfred Stieglitz, 1917

Ce questionnement de la notion d’art et de ce qu’elle englobe passe aussi par la recherche de nouvelles techniques d’expression et de création. Beaucoup de ces innovations vont se porter autour des techniques d’impressions et de photographies. L’automatisation étant au cœur de plusieurs recherches et l’impression par presse un des principaux moyens de rayonnement du mouvement.

Revue Dadaphone n°7, recueil littéraire et artistique, couverture Tristan Tzara, 1920
Revue Dadaphone n°7, recueil littéraire et artistique, couverture Tristan Tzara, 1920

Dans ces recherches et inventions on peut citer les poèmes et concerts bruitistes ou optophoniques, traduction de formes en sons par le biais notamment de jeux typographiques, ou les premiers photomontages de Raoul Hausmann, aussi appelé Dadasophe.

Raoul Haussmann, Kp'erioum, 1918
Raoul Haussmann, Kp’erioum, 1918

Max Ernst fera plusieurs recherches en peinture, comme le grattage ou le frottage qui reposent sur la superposition de plusieurs couches de peinture, ou le dripping qui sera plus tard utilisé par Jackson Pollock.

Max Ernst, La Forêt, 1927, technique de grattage
Max Ernst, La Forêt, 1927, technique de grattage

Outre les messages subversifs portés par les dadaïstes, la recherche et l’expérimentation tiennent une place centrale dans le mouvement, traduction du questionnement permanent et de la volonté de multidisciplinarité qui sont au cœur de la démarche dada.

C. Dada, début de la fin du mouvement

A la fin de la guerre, le mouvement s’exporte à l’étranger et différentes branches dada se forment. En 1920 sera organisé la première foire internationale dada à Berlin où seront exposées plus d’une centaine d’œuvres de 27 artistes. Cependant la forme et le message portés par la plupart des œuvres exposées furent extrêmement mal reçus par le public.

Photo de l'inauguration de la Première internationale dadaïstes, 5 juin 1920, au plafond, l'Archange prussien (officier allemand aux pieds de porc)
Photo de l’inauguration de la Première internationale dadaïstes, 5 juin 1920, au plafond, l’Archange prussien (officier allemand aux pieds de porc)
Otto Dix, 45% d'employables !, 1920
Otto Dix, 45% d’employables !, 1920
Johannes Theodor Baargelg, Typique amalgame vertical du Dada Baargeld, 1920
Johannes Theodor Baargelg, Typique amalgame vertical du Dada Baargeld, 1920
Hugo Ball, Karawane, 1917
Hugo Ball, Karawane, 1917
Hanna Höch, Coupant avec un couteau de cuisine la dernière époque de la culture du ventre de bière de Weimar en Allemagne, 1919
Hanna Höch, Coupant avec un couteau de cuisine la dernière époque de la culture du ventre de bière de Weimar en Allemagne, 1919

De nombreux articles attaquent le mouvement, beaucoup d’œuvres sont jugées anticléricales, ou dépeignant une image négative des militaires et plus particulièrement de l’armée allemande. Ces représentations auront une perception si violente que le ministère de la défense allemand intentera un procès aux principaux organisateurs de l’évènement, George Grosz, Raoul Haussmann et John Heartfield.

George Grosz, Allemagne un conte d'hiver, 1918
George Grosz, Allemagne un conte d’hiver, 1918

Cet évènement marque la fin du mouvement dada de Berlin, pendant qu‘il subsiste à l’étranger. Aux Etats-Unis où le dada est porté par Marcel Duchamp et Man Ray, et en France, où plusieurs acteurs du dada sont accueillis avec enthousiasme par la sphère intellectuelle parisienne.

II. Du dada au surréalisme

A. Dada à Paris

Le dadaïsme et leurs membres sont bien accueillis à Paris ou de nombreux évènements sont organisés, cependant le public se lasse vite des performances dadas jugées trop excentriques.

André Breton avec une affiche créée par Francis Picabia, “Pour que vous aimiez quelque chose il faut que vous l'ayez vu et entendu depuis longtemps tas d'idiots”, 1920
André Breton avec une affiche créée par Francis Picabia, “Pour que vous aimiez quelque chose il faut que vous l’ayez vu et entendu depuis longtemps tas d’idiots”, 1920

De plus, des dissensions grandissent entre les membres dadas qui se reconnaissent dans les origines du mouvement, souvent appelés dadaïstes zurichois, et plusieurs artistes français qui aspirent à une évolution du mouvement.

Ces tensions vont culminer en 1921 lors du déroulement d’un procès fictif à l’encontre d’un auteur et homme politique français, Maurice Barrès pour “crime contre la sûreté d’esprit”. Cet évènement marquera une rupture des relations entre Tristan Tzara et André Breton, et sera souvent vu comme l’impulsion à la création du surréalisme par André Breton qui en publiera le manifeste en 1924.

Le surréalisme s’ancre donc dans le mouvement dada, il en conservera la volonté de questionner les traditions et les dogmes sociétaux établis, ou encore la recherche de nouvelles techniques d’expression et de création, mais il posera un regard nouveau sur l’art et le processus de création.

Photo du groupe dada à Paris, 1921
Sur la photo de gauche à droite, haut en bas : Louis Aragon, Theodore Fraenkel, Paul Eluard, Clement Pansaers, Paul Dermée, Philippe Soupault, George Ribemont Dessaignes, Tristan Tzara, Céline Arnauld, Francis Picabia, André Breton
Photo du groupe dada à Paris, 1921 Sur la photo de gauche à droite, haut en bas :
Louis Aragon, Theodore Fraenkel, Paul Eluard, Clement Pansaers, Paul Dermée,
Philippe Soupault, George Ribemont Dessaignes, Tristan Tzara, Céline Arnauld,
Francis Picabia, André Breton

B. Surréalisme et inconscient

Pendant l’entre-deux-guerres, les théories freudiennes ont beaucoup de succès, celles sur l’inconscient marquent profondément la démarche surréaliste.

Dans le Manifeste du surréalisme, André Breton définira le mouvement comme la recherche d’expression de l’inconscient, “automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de tout autre manière, le fonctionnement réel de la pensée […] en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale”.

La publication du manifeste en 1924 marque le début d’une période faste pour le surréalisme, où de nombreuses œuvres sont créées à l’échelle internationale. La multidisciplinarité est un des piliers du surréalisme qui touche toutes les sphères artistiques, littérature, musique, peinture, sculptures, collages, films, photographies, on trouve même des mangakas qui se revendiquent du mouvement.

Nejishiki, par Yoshiharu Tsuge, première parution 1968, édition de juin 2018 par Oblomov Edizioni
Nejishiki, par Yoshiharu Tsuge, première parution 1968, édition de juin 2018 par Oblomov Edizioni
Nejishiki, par Yoshiharu Tsuge, première page
Nejishiki, par Yoshiharu Tsuge, première page

Pour exprimer l’inconscient, les surréalistes vont mettre en place différentes méthodes, comme l’association libre d’idées, l’écriture automatique, dont le but est d’écrire sans intellectualiser afin de laisser l’inconscient affleurer, ou le cadavre exquis, œuvre courte écrite ou illustrée à plusieurs mains sans que les auteurs aient connaissance des parties réalisées par les autres.

Les Champs magnétiques, André Breton Philippe Soupault, édition de 1971 Gallimard, première édition 1920 éditeur Au sans pareil
Les Champs magnétiques, André Breton Philippe Soupault, édition de 1971 Gallimard, première édition 1920 éditeur Au sans pareil
Cadavre exquis n°10, Yves Tanguy, Man Ray, Max Morise, André Breton, 1928
Cadavre exquis n°10, Yves Tanguy, Man Ray, Max Morise, André Breton, 1928

Tout état second est une façon de s’affranchir du conscient. Pour atteindre ces états de transe, les artistes n’hésitent pas à se soumettre à la fatigue, la faim extrême, ou à des substances comme drogue et alcool.

Fancis Picabia, Héra, 1929, influence opiacée
Fancis Picabia, Héra, 1929, influence opiacée

Un thème récurrent au mouvement est celui du rêve et du monde onirique, lieu où l’inconscient est très présent. Ce thème est particulièrement exploité par les artistes picturaux du mouvement, où l’on peut montrer la réalité, être transcendé par le rêve, où la frontière se trouble. Les peintures les plus emblématiques du mouvement relevant du thème onirique, sont probablement liées aux artistes René Magritte et Salvador Dali.

René Magritte, Le Faux miroir, 1929
Salvador Dali, La Tentation de Saint Antoine, 1946
Salvador Dali, La Tentation de Saint Antoine, 1946

Dali fera son entrée chez les surréalistes par le biais d’un court métrage intitulé Un Chien Andalou en 1929, mais marquera le mouvement grâce à son travail de peintre. Dans sa démarche créative, l’artiste théorise un nouveau concept afin d’accéder à un état de transe créative, la méthode “paranoïaque-critique” qui repose sur la paranoïa et sa composante obsessionnelle. Le but étant de se plonger dans un état de transe proche de celle de l’écriture automatique, mais au lieu de laisser les éléments affluer au rythme de l’inconscient, il convient de se fixer sur ces derniers et de les exploiter jusqu’à l’obsession.

Salvador Dali, Le grand masturbateur, 1929
Salvador Dali, Le grand masturbateur, 1929

C. Déclin du surréalisme

L’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale pousse de nombreux artistes à s’expatrier. Plusieurs partent aux Etats-Unis où le surréalisme va s’organiser autour de la revue VVV éditée par trois artistes, André Breton, Max Ernst et Marcel Duchamp. Mais le mouvement s’essouffle et seulement 4 éditions seront publiées.

Couverture de la première édition du magazine VVV, illustration Max Ernst
Couverture de la première édition du magazine VVV, illustration Max Ernst
Couverture de la 4ème et dernière édition du magazine VVV, illustration de Roberto Matta, 1944
Couverture de la 4ème et dernière édition du magazine VVV, illustration de Roberto Matta, 1944

La fin du conflit mondial marque aussi des tentatives de relancer le mouvement surréaliste. Quelques revues sont éditées, des artistes jusque-là non considérés par les surréalistes se retrouvent affiliés au mouvement. Parmi ces derniers on compte beaucoup de femmes jusqu’alors majoritairement ignorées.

Malgré ces tentatives, le mouvement surréaliste se diluent petit à petit, mais aura une forte influence sur de nombreux artistes et courants artistiques postérieurs.

Maria Martin posant avec sa sculpture de bronze Ma Chanson, 1944
Maria Martin posant avec sa sculpture de bronze Ma Chanson, 1944
Jane Graverol, Les Harmonies Naturelles, 1956
Jane Graverol, Les Harmonies Naturelles, 1956

III. Dada et surréalisme, un questionnement et renouveau commun pour des aspirations différentes

A. Des visions de l’art incompatibles

Surréalisme et dadaïsme sont étroitement liés, tant dans leurs histoires que dans leurs démarches. Un des points les plus clivants qui oppose ces deux mouvements réside probablement dans leurs visions de l’art.

Le mouvement dada recherche de nouvelles techniques et formes d’expression créatives mais le but de ces démarches repose bien souvent sur une volonté d’automatisation ou de désacralisation de l’art.

Man Ray, Cadeau, 1921

Les surréalistes vont utiliser de nouvelles méthodologies et techniques de création pour transcender l’art et le processus qui accompagne sa création, mais sans volonté aucune de le désacraliser. Au contraire, les surréalistes veulent mettre leur art en avant et que ce dernier ait un impact.

L’organisation structurelle de ces mouvements est, elle aussi, très différente. Dada est un groupe à la hiérarchie anarchique. Si quelques rares noms du mouvement sont passés à la postérité, le mouvement dada est plus porté par des collectifs d’artistes qui évoluent en groupuscule, alors que le mouvement surréaliste est bien plus structuré. On y trouve un chef de file clairement identifié avec André Breton, et des artistes emblématiques porteurs du mouvement.

Cette structure stricte entraînera des mouvements d’artistes au fil de l’histoire du surréalisme. Si des artistes ont été invités à rejoindre les surréalistes, surtout lorsque le mouvement perdait en influence, d’autres ont été exclus comme Philippe Soupault en 1926 et cela malgré le rôle majeur de l’auteur dans le développement du surréalisme.

B. Des positionnements d’artistes opposés

Cette différence structurelle des deux mouvements tient aussi à la place accordée aux artistes dans chacun d’eux.

Comme évoqué précédemment, l’artiste n’occupe pas une position centrale dans l’art dada. Beaucoup d’œuvres ont été détruites par le régime fasciste qui considérait l’art dada comme “dégénéré” mais ce n’est pas à ça que tient cette absence de postérité chez les artistes emblématiques du mouvement.

En effet, dans la conception de l’art dada, l’artiste n’est pas mis en avant, les œuvres sont souvent collectives ou anonymes. Des artistes qui ont eu une forte influence sur le mouvement utilisaient des pseudos pour signer leurs créations. Ce positionnement des artistes participe à la désacralisation de la notion d’art.

L’approche de la place de l’artiste chez les surréalistes ne pourrait être plus différente de la conception qu’en ont les membres de dada. Ici, le propos n’est pas de désacraliser l’art, mais de le transcender. Ainsi la position de l’artiste est remise au centre du mouvement, certains sont utilisés comme ambassadeurs et participent à son rayonnement, quelques artistes à succès seront portés aux nues par le mouvement ce qui leur donnera un statut particulier.

C. Des figures du surréalisme parfois problématiques

L’un des meilleurs exemples de ces figures atypiques du surréalisme est probablement Salvador Dali. A son arrivée dans le mouvement en 1929, l’artiste fait une forte impression, mais son appartenance est remise en question à cause de l’intérêt de l’artiste pour le fascisme, idéologie fortement rejetée par les surréalistes.

Cependant l’importante renommée de l’artiste lui permettra de garder son affiliation au mouvement dont il est l’un des représentants les plus connus à l’époque moderne.

Exposition Dali, l'énigme sans fin à l'Atelier des Lumières
Exposition “Dali, l’énigme sans fin”, à l’Atelier des Lumières, 2021

Une autre figure très controversée du mouvement est celle de Frida Kahlo. Lorsque André Breton découvrira le travail de l’artiste mexicaine en 1938, il sera aussitôt fasciné par ses œuvres et son univers et l’invitera à Paris dans le cadre d’une exposition sur le Mexique à l’occasion de laquelle, il lui présentera plusieurs membres du mouvement surréaliste.

Si André Breton considère Frida Kahlo comme une surréaliste, c’est loin d’être le cas de l’artiste qui méprise la plupart des membres du mouvement dans lequel elle ne retrouve pas son travail qui relève de sa réalité et non de ses rêves ou de son inconscient.

Malgré son rejet total du mouvement et de ses membres, la postérité a affilié Frida Kahlo au surréalisme.

Frida Kahlo, Les Deux Frida, 1939, Musée d'art moderne de Mexico
Frida Kahlo, Les Deux Frida, 1939, Musée d’art moderne de Mexico

Ce choix de mise en avant d’artiste emblématique affiliée au surréalisme a participé à l’amalgame entre les deux mouvements dans leurs postérités, ainsi qu’à la prépondérance du surréalisme dans cette dernière. En effet, les œuvres et les artistes, les plus connus aujourd’hui, issus de ces mouvements sont liés au surréalisme. Même les artistes ayant participés aux deux mouvements sont souvent plus affiliés au surréalisme dans leur postérité comme Man Ray et Marcel Duchamp.

D. Une postérité commune

Avec le temps les deux mouvements se sont confondus, les divergences ont été gommées pour se fondre dans une postérité commune.

La volonté de faire évoluer l’art, par le questionnement ou la recherche de nouvelles formes de création et techniques sont des éléments qui marqueront profondément les mouvements et artistes qui suivront le surréalisme et cela dans de nombreux domaines et courants artistiques jusque dans l’art contemporain.

On retrouve par exemple l’héritage surréaliste dans les créations de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) et leur expérimentation du texte. Le pop art est aussi un héritier de ces mouvements dans son intérêt porté à l’objet, ou à travers la désacralisation des œuvres qu’on retrouve aussi dans l’arte povera. Le Fluxus et le punk sont très influencés par le mouvement dada. Beaucoup de courants postérieures au dada et au surréalisme portent l’influence de ces mouvements qu’on retrouve encore dans de nombreuses créations aujourd’hui.

Outre cette recherche permanente de l’art et de la représentation de l’abstrait, les thèmes de ces mouvements ont traversé les années jusqu’à nous. La littérature s’en fait un très bon exemple, la porosité de la frontière entre rêve et réalité, grand thème surréaliste, est au centre d’œuvres emblématiques comme celle de Boris Vian, ou plus récemment Haruki Murakami.

Boris Vian, L*'Ecume des jours,* édition Le Livre de Poche 2013, première publication 1947 chez Gallimard
Boris Vian, L*’Ecume des jours,* édition Le Livre de Poche 2013, première publication 1947 chez Gallimard
Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, Edition Belfond 2022, première édition 2002 japon
Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, Edition Belfond 2022, première édition 2002 Japon

Enfin on ne peut parler de la postérité de ces mouvements sans mettre en avant leur importance dans notre paysage culturel. Régulièrement des expositions et rétrospectives revisitent dadaïsme et surréalisme et leurs acteurs emblématiques.

Pour finir légèrement, pourquoi ne pas s’essayer à la réalisation d’une œuvre surréaliste sur Adobe Photoshop ? N’hésitez pas à aller voir ce tuto et à nous poster vos réalisations ici.

À très vite sur Okprod !